Vous lancez un SaaS ou une application, et vous hésitez entre Supabase et Firebase pour le backend ? C’est le duel le plus fréquent du moment, et il se joue sur un choix que vous ne pourrez pas défaire facilement : la façon dont vos données sont stockées.
D’un côté, Firebase, la plateforme de Google, rodée depuis plus de dix ans et redoutable sur le mobile. De l’autre, Supabase, l’alternative open source construite sur PostgreSQL, devenue le backend préféré des outils de vibe coding.
J’utilise Supabase depuis deux ans sur mes propres projets. Dans ce face-à-face, je vous donne :
- La différence qui compte vraiment : SQL contre NoSQL, et ce que ça change au bout d’un an ;
- Le match fonction par fonction : authentification, fichiers, temps réel, IA ;
- Les tarifs réels, avec les pièges de facturation des deux côtés ;
- Le RGPD et la réversibilité, souvent oubliés au moment du choix ;
- Mon verdict selon votre profil.
C’est parti !
Supabase et Firebase en bref
Les deux outils vendent la même promesse : un backend prêt à l’emploi (base de données, comptes utilisateurs, stockage de fichiers, fonctions serveur) sans avoir à gérer de serveur. On parle de BaaS, pour Backend as a Service.
Mais ils ne viennent pas du tout du même endroit.
Firebase, le vétéran de Google

Firebase est né en 2011 et appartient à Google depuis 2014. Sa base phare, Firestore, est une base NoSQL : vos données sont rangées en documents et en collections, pas en tables.
Sa grande force, c’est l’écosystème mobile. Notifications push, analyse des plantages, statistiques d’usage, tests A/B : tout est intégré, et la plupart de ces briques sont gratuites.
Supabase, le challenger open source

Supabase a été fondé en 2020 et se présente ouvertement comme l’alternative open source à Firebase. Son cœur est une vraie base PostgreSQL, le standard relationnel utilisé depuis trente ans.
Sa croissance est spectaculaire : une levée de 500 millions de dollars en juin 2026, pour une valorisation de 10,5 milliards. Et plus de 60 % des nouvelles bases y sont créées par des outils d’IA. J’ai détaillé tout ça dans mon avis complet sur Supabase.
La vraie différence : SQL contre NoSQL
Tout le reste découle de ce point. Et c’est celui qu’on sous-estime le plus au démarrage.
Avec Firestore, vous écrivez vite. Pas de schéma à définir, vous poussez des documents et ça marche. Le revers arrive quand vos données ont des relations entre elles : un client a des factures, qui ont des lignes, qui renvoient à des produits.
En NoSQL classique, on contourne en dupliquant les données dans plusieurs documents. Ça fonctionne, jusqu’au jour où il faut tout mettre à jour au même endroit.
Avec Supabase, vous avez des tables, des jointures et du SQL complet. Un rapport qui croise trois tables tient en une requête. C’est plus exigeant au départ, mais bien plus sain quand l’application grandit.
Google a bien vu le problème, et Firebase a bougé en 2026 :
- Firestore Enterprise gère désormais des jointures via des sous-requêtes, annoncées en avril 2026. Attention, c’est réservé à l’édition Enterprise, pas à la version standard ;
- Firebase SQL Connect, l’ancien Data Connect, renommé le 22 avril 2026, vous branche sur une vraie base PostgreSQL hébergée dans Cloud SQL, avec synchronisation en temps réel et cache hors ligne.
Mon avis : si vous voulez du Postgres, SQL Connect prouve que Google vous donne raison. Mais c’est une brique de plus à assembler dans Firebase, alors que chez Supabase, c’est le socle de tout.
Le match fonction par fonction
Sur le papier, les deux cochent les mêmes cases. Dans le détail, les écarts sont nets.
Authentification
Match serré. Les deux gèrent l’e-mail, les liens magiques, Google, Apple, GitHub et les connexions par SMS.
- Firebase : gratuit jusqu’à 50 000 utilisateurs actifs par mois, SMS facturés à l’unité, et seulement 50 utilisateurs gratuits en SSO d’entreprise (SAML, OIDC) ;
- Supabase : 50 000 utilisateurs actifs sur le plan gratuit, 100 000 sur le plan Pro, puis 0,00325 $ par utilisateur supplémentaire.
La vraie différence est ailleurs : chez Supabase, les droits d’accès s’écrivent en Row Level Security, directement dans la base. Puissant, mais piégeux au début : une règle mal écrite n’empêche rien.
Stockage de fichiers
Avantage Supabase sur les petits projets. Depuis 2025, le stockage de fichiers de Firebase exige le plan payant Blaze, même pour quelques images.
Supabase inclut 1 Go de fichiers en gratuit et 100 Go dans le plan Pro.
Temps réel et mode hors ligne
Avantage Firebase, et c’est son terrain historique. Firestore gère le cache hors ligne et la resynchronisation automatique quand le réseau revient, idéal pour une appli mobile utilisée dans le métro.
Supabase propose aussi le temps réel, mais avec des plafonds de connexions simultanées :
- 200 connexions sur le plan gratuit ;
- 500 connexions sur le plan Pro avec plafond de dépense actif ;
- 10 000 connexions si vous désactivez ce plafond.
Mobile, notifications et analytics
Victoire nette de Firebase. Cloud Messaging pour les notifications push, Crashlytics pour les plantages et Google Analytics sont gratuits et parfaitement intégrés.
Supabase n’a aucun équivalent natif. Il faut brancher des services tiers, ce qui ajoute des outils à gérer.
IA et vibe coding
Avantage Supabase, pour une raison simple : Lovable Cloud tourne sur Supabase, et il est intégré à Bolt comme à la plupart des générateurs d’applications. Son serveur MCP permet aussi à Claude Code ou Cursor de piloter votre base directement.
Côté Google, Firebase AI Logic appelle Gemini depuis votre appli, et Genkit sert à construire des fonctions IA côté serveur.
Mais attention à Firebase Studio, l’outil de vibe coding de Google : plus d’inscriptions depuis le 22 juin 2026, fermeture définitive le 22 mars 2027. J’en parlais à son lancement dans cet article sur Firebase Studio.
Tarifs : qui coûte le moins cher ?
Les deux ont un plan gratuit généreux. La différence tient à la façon dont la facture grimpe ensuite. Tarifs relevés le 22 septembre 2026, en dollars.
Les tarifs de Firebase

Firebase fonctionne avec deux formules :
- Spark, gratuit et sans carte bancaire : Firestore jusqu’à 1 Go de données, 50 000 lectures et 20 000 écritures par jour, 10 Go de trafic sortant par mois ;
- Blaze, paiement à l’usage : les quotas gratuits restent inclus, puis chaque lecture, écriture ou Go est facturé. Obligatoire pour le stockage de fichiers et les Cloud Functions (2 millions d’appels gratuits, puis 0,40 $ le million). Les nouveaux comptes éligibles reçoivent 300 $ de crédits.
Le piège, c’est la facturation à la lecture. Une page mal optimisée qui relit toute une collection à chaque affichage peut coûter cher, et c’est l’histoire la plus racontée par les développeurs Firebase.
Google a ajouté des plafonds de dépense qui coupent le service, mais uniquement pour Cloud Functions, App Hosting, AI Logic et les extensions. Pour Firestore et le stockage, vous n’avez que des alertes par e-mail, qui ne bloquent rien.
Les tarifs de Supabase

Supabase facture par abonnement :
- Free, 0 $ : 500 Mo de base, 1 Go de fichiers, 2 projets actifs, mise en pause après une semaine sans activité ;
- Pro, dès 25 $ par mois : premier projet inclus, puis 10 $ par projet supplémentaire, 8 Go de base, 100 Go de fichiers, sauvegardes quotidiennes ;
- Team, dès 599 $ par mois : certifications SOC 2 et ISO 27001, SSO, support prioritaire.
Le bon point, c’est le plafond de dépense activé par défaut sur le plan Pro : au-delà du quota, le service est limité au lieu d’être facturé. Le moins bon, c’est la pause automatique du plan gratuit, rédhibitoire pour un site à faible trafic.
Mon avis : Firebase est moins cher pour démarrer une petite appli mobile. Supabase est bien plus prévisible dès que vous avez de vrais utilisateurs, parce que vous payez une capacité et non chaque lecture.
RGPD, souveraineté et réversibilité
Les deux proposent un hébergement en France : région Paris chez Supabase, région europe-west9 (Paris aussi) chez Firebase.
Mais héberger vos données à Paris ne change pas la nationalité de l’éditeur. Google comme Supabase Inc. sont des sociétés américaines, donc soumises au Cloud Act.
Sur ce point, Supabase prend un avantage décisif : il est open source, sous licence Apache 2.0. Vous pouvez l’installer sur votre propre serveur, chez un hébergeur français, ce qui règle la question de la juridiction. Je montre toute la démarche dans mon guide pour auto-héberger Supabase.
Et si vous voulez voir à quoi ressemble concrètement un Supabase installé sur votre propre serveur, je l’ai fait de bout en bout dans cette vidéo, avec ce que vous gagnez et ce que vous perdez par rapport à la version cloud :
C’est précisément ce que Firebase ne permet pas : il ne s’auto-héberge pas. Et la réversibilité suit la même logique :
- Quitter Supabase : un export Postgres standard, réimportable chez n’importe quel hébergeur ;
- Quitter Firebase : il faut retransformer vos documents en tables et réécrire une bonne partie du code qui les lit.
Tableau comparatif Supabase vs Firebase
| Critère | Supabase | Firebase |
| Base de données | PostgreSQL (SQL) | Firestore (NoSQL), Postgres via SQL Connect |
| Licence | Open source (Apache 2.0) | Propriétaire (Google) |
| Auto-hébergement | Oui | Non |
| Plan gratuit | 500 Mo, 50 000 utilisateurs, pause après 7 jours | 1 Go, 50 000 lectures par jour, pas de stockage de fichiers |
| Premier palier payant | 25 $ par mois | À l’usage |
| Plafond de dépense | Actif par défaut | Partiel (hors base et fichiers) |
| Hors ligne et mobile | Correct | Excellent |
| Notifications push | Non | Oui, gratuites |
| Outils de vibe coding | Intégré à Lovable, Bolt et la plupart des outils | Firebase Studio en fin de vie |
| Hébergement à Paris | Oui | Oui |
Supabase ou Firebase : lequel choisir ?
Je tranche par profil, parce que la bonne réponse dépend surtout de ce que vous construisez.
Choisissez Supabase si :
- Vous créez un SaaS ou une appli web dont les données sont liées entre elles (clients, commandes, factures) ;
- Vous développez avec l’IA : Lovable, Bolt, Claude Code ou Cursor ;
- Vous voulez une facture prévisible et un plafond de dépense par défaut ;
- La souveraineté compte pour vos clients, ou vous voulez pouvoir partir.
Choisissez Firebase si :
- Vous faites d’abord une appli mobile, avec notifications push et mode hors ligne ;
- Vos données sont simples et peu reliées : chat, fil d’actualité, jeu ;
- Vous vivez déjà dans Google Cloud et voulez Gemini intégré sans effort ;
- Vous préférez ne jamais écrire de SQL.
Vous hésitez encore, ou aucun des deux ne vous convient ? Appwrite, PocketBase, Convex et cinq autres options vous attendent dans mon top des meilleurs backends pour votre SaaS.
Mon avis final
Pour la majorité des projets que je vois passer (SaaS, outils métier, applis web construites avec l’IA), je recommande Supabase. Le SQL demande un petit effort au départ, mais il vous évite de reconstruire votre modèle de données un an plus tard.
Firebase garde un vrai avantage sur un terrain précis : l’application mobile grand public. Là, son hors ligne, ses notifications et son analytics gratuits sont difficiles à battre.
Le dernier argument est souvent le plus décisif : avec Supabase, vous pouvez toujours partir. Avec Firebase, partir se prépare comme un déménagement.