Pendant plusieurs mois, j’ai payé un abonnement à Supabase. Un projet, puis deux, puis cinq. Et une facture qui montait à chaque idée que je testais, pour des projets qui ne rapportaient rien. Ce que je n’avais pas compris à l’époque ? Supabase est avant tout un logiciel open source. La version en ligne, celle qui me facturait tous les mois, n’est qu’une des deux façons de l’utiliser. Il y en a une autre : l’installer vous-même, sur votre propre serveur, gratuitement. Même logiciel, même interface, même API. Seule la facture change. Dans cet article, je vous explique :
- ce que fait réellement Supabase, et à quoi servent ses cinq briques ;
- ce que coûte la version Cloud, et où se cachent les pièges ;
- ce que vous perdez en passant à la version open source ;
- comment l’installer sur un VPS, même sans être technique.
C’est parti ! Si vous préférez me voir manipuler l’interface plutôt que me lire, j’ai filmé l’ensemble en dix minutes, de la présentation des briques jusqu’à mon Supabase Studio qui tourne sur mon propre serveur : Dans la suite, je reprends chaque étape avec des captures, les tarifs relevés le 20 septembre 2026 et les points que la vidéo n’avait pas la place de détailler.
Supabase, c’est quoi exactement ?
Pour comprendre Supabase, il faut d’abord voir ce qu’il y a derrière n’importe quelle application. Quand vous utilisez une appli ou un SaaS, vous voyez l’interface : les écrans, les boutons, les formulaires. C’est ce qu’on appelle le front. Mais derrière, il y a tout ce que vous ne voyez pas :
- l’endroit où sont stockées les données ;
- le système qui vérifie que vous êtes bien connecté ;
- l’endroit où partent vos fichiers.
Ça, c’est le back-end. Et avant, il fallait le construire soi-même, brique par brique. C’est long, et c’est technique. Supabase, c’est ce back-end prêt à l’emploi. Vous créez un projet et, en deux minutes, vous avez cinq briques qui fonctionnent ensemble.
Les cinq briques de Supabase

- La base de données, et c’est le gros point fort : du PostgreSQL, la base open source la plus utilisée au monde. Vos données restent dans un format standard, exportable quand vous voulez.
- L’authentification : inscriptions, connexions, mot de passe oublié, connexion avec Google. Tout est géré.
- Le stockage de fichiers : les images, les PDF et les vidéos que vos utilisateurs envoient.
- Le temps réel : une donnée change, et tous les écrans connectés se mettent à jour instantanément.
- Les fonctions : de petits bouts de code côté serveur, pour envoyer un e-mail, appeler une IA ou parler à Stripe.
Le point vraiment malin ? Tout ça est accessible par une API générée automatiquement. Vous créez une table, et Supabase crée l’API qui va avec, sans que vous écriviez une seule ligne de code. C’est exactement pour ça que les outils de génération de code par IA comme Lovable, Claude Code ou Codex proposent Supabase par défaut. L’outil construit votre appli, Supabase s’occupe de tout le reste. Pour voir ce qu’il y a à l’intérieur, vous avez une interface qui s’appelle Studio. On y revient plus bas : c’est elle qui rend la version auto-hébergée vraiment confortable.
Cloud ou open source : le même logiciel, deux factures
Soyons clairs tout de suite : ce sont exactement les mêmes briques. Le code est publié sur GitHub sous licence Apache 2.0, avec plus de 110 000 étoiles. La seule différence, c’est qui fait tourner la machine.
Les tarifs de la version Cloud
Le plan gratuit est honnêtement généreux pour démarrer :
- 500 Mo de base de données ;
- 50 000 utilisateurs actifs par mois ;
- 1 Go de stockage de fichiers ;
- un nombre illimité de requêtes API.
Le piège est ailleurs. Vous êtes limité à deux projets actifs. Et surtout, un projet gratuit inutilisé pendant une semaine est mis en pause. Pour un vrai site en production, ça pose évidemment problème. Dès que ça devient sérieux, vous passez donc au plan Pro, à 25 $ par mois. Attention à la mécanique : ce montant couvre le premier projet seulement, et chaque projet supplémentaire ajoute 10 $ par mois. C’est exactement ce qui m’est arrivé. Cinq projets en parallèle, et une note qui n’avait plus aucun rapport avec ce qu’ils me rapportaient. Au-dessus, le plan Team démarre à 599 $ par mois et ajoute les certifications SOC 2 et ISO 27001.
La version open source
La version open source, c’est le même code, gratuit, que vous installez où vous voulez. Vous payez seulement le serveur, par exemple un VPS à quelques euros par mois. Et vous y hébergez autant de projets que la machine peut encaisser. Vous remarquez tout de suite que les deux reproches principaux disparaissent :
- plus de mise en pause de vos projets ;
- plus de facture qui grimpe à chaque nouvelle idée.
Un prix fixe, quel que soit le nombre d’applications.
Ce que disent les utilisateurs
Je ne suis pas le seul à avoir tiqué sur la facturation. Sur Trustpilot, Supabase affiche 2,6 sur 5 pour 70 avis. La répartition est frappante : 35 avis à une étoile, mais aussi 26 à cinq étoiles. C’est un produit qui ne laisse personne indifférent. Dans les avis négatifs, toujours les mêmes trois griefs :
- les projets gratuits mis en pause sans prévenir ;
- la facture qui grimpe projet après projet ;
- un support qui ne répond pas, y compris en plan Pro.
Ceux qui mettent cinq étoiles saluent à l’inverse la simplicité et le côté tout-en-un. Je nuance quand même, pour deux raisons. D’abord, 70 avis, c’est très peu pour un outil qui revendique des millions de développeurs. Ensuite, Trustpilot est un canal où les outils d’infrastructure prennent cher de manière générale. Sur la même plateforme, Firebase est à 1,7 sur 5 et Vercel à 1,7 également. Ces notes confirment un ressenti. Elles ne résument pas la qualité du produit.
Ce que vous perdez en auto-hébergeant
S’il existe une version gratuite, pourquoi tout le monde ne le fait-il pas ? Parce qu’il y a de vraies contreparties. Je préfère les poser avant de vous montrer l’installation. D’abord, certaines fonctionnalités n’existent tout simplement pas en auto-hébergé. D’après la documentation officielle, vous perdez :
- les branches de test ;
- les sauvegardes managées et la restauration à un instant T ;
- les métriques avancées ;
- l’ETL et l’API de gestion de plateforme ;
- le support, qui devient communautaire (GitHub, Discord, Reddit).
Ensuite, une installation correspond à un seul projet. Studio ne gère ni plusieurs organisations, ni plusieurs projets. Si vous en voulez trois, vous installez trois fois. Enfin, le point le plus important : tout le reste devient votre responsabilité. La maintenance du serveur, les mises à jour du système, la sécurité, l’entretien de la base PostgreSQL, la disponibilité, les sauvegardes et la supervision. Là où le Cloud s’occupe de tout, ici, c’est vous. Un bon point tout de même si la question des données vous intéresse : la version auto-hébergée via Docker Compose n’envoie aucune télémétrie. Vos données restent sur votre machine, dans le pays que vous avez choisi.
Installer Supabase sur un VPS
Bonne nouvelle : l’installation n’a rien d’un parcours du combattant. Supabase se déploie avec Docker, et la documentation officielle annonce moins de quinze minutes sur un serveur Linux.
Quel serveur choisir ?
C’est le point que je vois le plus souvent négligé. Supabase fait tourner une dizaine de services en parallèle, donc il faut de la ressource. La documentation officielle demande :
- au minimum 2 cœurs, 4 Go de RAM et 40 Go de disque SSD ;
- de préférence 4 cœurs, 8 Go de RAM et 80 Go de disque.
Traduit en offres concrètes, ça veut dire une chose importante : le VPS d’entrée de gamme à 5 € ne suffit pas, parce qu’il n’a qu’un seul cœur. Voici la grille que j’ai à l’écran chez Hostinger, l’hébergeur que j’utilise pour mes propres projets :
Le KVM 2 à 7,99 € par mois est donc le vrai point d’entrée pour Supabase : 2 cœurs, 8 Go de RAM et 100 Go de NVMe. Il coche le minimum côté processeur et la configuration recommandée côté mémoire et disque. C’est celui que j’utilise. Attention simplement à lire les petites lignes, comme chez tous les hébergeurs : ce tarif vaut pour un engagement de 24 mois, et le renouvellement se fait ensuite à 14,99 € par mois. Le code DIGITIZFR donne 10 % de réduction au passage. Rien ne vous oblige à passer par eux, cela dit : OVH, Hetzner ou Infomaniak font très bien le travail, et l’installation est identique partout.
L’installation elle-même
Chez Hostinger, Supabase fait partie des applications proposées à la commande. Ça évite complètement la ligne de commande : vous choisissez votre système d’exploitation, vous cherchez Supabase dans la liste, et le serveur arrive déjà configuré.
Si vous partez d’un serveur Ubuntu vierge, chez n’importe quel hébergeur, Supabase fournit un script qui se charge de tout : Docker, la configuration et la génération des secrets.
curl -fsSL https://supabase.link/setup.sh | sh
Un avertissement que je tiens à vous donner, parce qu’il n’est pas optionnel. Ne laissez jamais votre Supabase auto-hébergé accessible en clair sur Internet. Par défaut, l’interface s’ouvre sur une simple adresse IP, sans HTTPS, avec un identifiant et un mot de passe stockés dans un fichier du serveur. Avant d’y mettre la moindre donnée réelle, prévoyez :
- un nom de domaine plutôt qu’une adresse IP ;
- un reverse proxy avec certificat HTTPS ;
- un pare-feu correctement fermé.
C’est le prix de l’auto-hébergement, et c’est précisément ce que le Cloud vous facture.
Piloter le serveur sans être technique
Si, comme moi, vous n’êtes pas développeur, il reste une étape qui peut refroidir : administrer le serveur. C’est là que le connecteur MCP de Hostinger change la donne. Vous sélectionnez votre outil, vous copiez une commande dans Claude Code ou Codex, vous authentifiez votre compte, et votre assistant a accès à vos serveurs. Concrètement, j’ai demandé à Claude Code d’installer Supabase comme back-end d’un petit CRM codé pour l’occasion. Il m’a d’abord détaillé la procédure manuelle, terminal et lignes de commande comprises. Puis il l’a exécutée à ma place. Si le protocole MCP ne vous dit rien, j’ai écrit un article dédié sur son fonctionnement. Et j’ai détaillé toute ma stack auto-hébergée sur un VPS dans un autre.
Supabase Studio : la même interface, chez vous
C’est le moment où l’on se rend compte que la version gratuite n’a rien d’une version au rabais. Une fois l’installation terminée, vous ouvrez Studio et vous retrouvez exactement l’interface de la version en ligne.
Sur la capture, ce sont les tables du CRM, générées entièrement par Claude Code, sans que je touche à quoi que ce soit manuellement. Trois endroits sont vraiment utiles au quotidien :
- Le Table Editor, qui affiche vos tables comme un tableur et permet de modifier une ligne à la main ;
- Le SQL Editor, pour écrire des requêtes directement ;
- Les API Docs, qui génèrent la documentation de votre API à partir de vos tables.
On retrouve aussi l’onglet authentification, avec la liste des utilisateurs de l’application, et la partie stockage pour les fichiers. Tout est au même endroit. Et tout tourne sur votre serveur.
Alors, Cloud ou auto-hébergé ?
Soyons honnêtes : Supabase est un excellent produit. C’est le moyen le plus rapide que je connaisse d’avoir un vrai back-end sans le construire à la main, et ce n’est pas un hasard si tous les outils de vibe coding l’ont adopté. Mon problème n’a jamais été l’outil. C’était le modèle de facturation. Gardez la version Cloud si vous avez un vrai produit avec de vrais clients derrière. Les sauvegardes automatiques, la restauration à un instant T, le support et les certifications valent largement 25 $ par mois quand une panne vous coûte des clients. C’est aussi le bon choix si vous débutez et que la notion de reverse proxy vous semble abstraite. Passez à la version open source si vous vous reconnaissez ici :
- vous multipliez les projets qui ne rapportent rien encore ;
- vous voulez un coût fixe plutôt qu’une facture qui suit vos expérimentations ;
- vous tenez à savoir précisément où sont stockées vos données.
C’est mon cas. Et depuis, chaque nouveau projet atterrit sur mon serveur plutôt que sur une facture mensuelle. Si vous hésitez encore sur l’outil lui-même plutôt que sur son hébergement, j’ai publié mon avis complet sur Supabase après deux ans d’utilisation, avec la comparaison face à Firebase et les cas où je vous le déconseille.