Proton, c’est l’entreprise suisse derrière Proton Mail, la messagerie chiffrée. Mais elle vend aussi une suite complète pour les entreprises : mails, agenda, stockage, documents, tableurs et visio.
Sa promesse ? Être l’alternative à Google Workspace et à Microsoft 365 pour reprendre le contrôle de vos données.
Deux questions se posent donc. Peut-on vraiment faire tourner son entreprise là-dessus ? Et est-ce vraiment plus souverain que Google ?
J’ai créé un compte et passé les outils un par un : je vous dis ce que Proton protège exactement, ce qu’il ne protège pas, et pour qui il vaut le coup. C’est parti !
Si vous préférez voir Proton tourner plutôt que de me lire, j’ai filmé tout le test, outil par outil, dans cette vidéo d’un quart d’heure :
Dans la suite, je reprends chaque outil avec des captures de l’interface, les tarifs relevés le 7 octobre 2026 et mon avis selon votre profil.
Pourquoi tout le monde parle de souveraineté ?
En juin 2025, le directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France a été auditionné sous serment au Sénat. La question : pouvait-il garantir que les données des Français ne seraient jamais transmises aux autorités américaines sans l’accord de la France ?
Sa réponse : non, il ne pouvait pas le garantir.
La raison s’appelle le Cloud Act. Cette loi américaine permet aux autorités des États-Unis d’exiger les données d’une entreprise américaine, même lorsqu’elles sont stockées en Europe. Google et Microsoft sont concernés, y compris avec des serveurs en France.
Il y a aussi le risque de coupure d’accès. En 2025, le procureur de la Cour pénale internationale, visé par des sanctions américaines, a perdu l’accès à sa messagerie Microsoft. Microsoft conteste avoir coupé le service, mais le procureur est passé sur Proton Mail.
Pour une petite entreprise, le sujet n’est pas l’espionnage. C’est la dépendance : vos contrats, vos devis et les fichiers de vos clients sont chez un acteur soumis à une loi étrangère. Et c’est précisément le terrain de Proton.
Présentation de Proton
Proton a été fondé en 2014 à Genève par des chercheurs qui s’étaient rencontrés au CERN. Au départ, c’était une simple messagerie chiffrée.

Aujourd’hui, la suite couvre presque tous les besoins d’une petite entreprise :
- Mail et Calendar pour la messagerie et l’agenda ;
- Drive, Docs et Sheets pour les fichiers, les documents et les tableurs ;
- Meet pour la visio ;
- Pass, le gestionnaire de mots de passe, et un VPN ;
- Lumo, l’assistant IA maison.

Proton vit des abonnements, sans publicité. Depuis 2024, son principal actionnaire est une fondation à but non lucratif, la Proton Foundation, qui peut bloquer un rachat. Un point qui compte quand on confie ses mails à quelqu’un pour des années.
Vous pouvez commencer gratuitement, avec une adresse en @proton.me, 500 Mo pour les mails et 2 Go pour les fichiers. C’est avec ce compte que j’ai testé les applications.
Pour une entreprise, il vous faudra en revanche une adresse à votre nom de domaine, des comptes pour vos salariés et une console d’administration. C’est le rôle des offres pro, que je détaille plus bas.
À qui s’adresse Proton ?
Proton vise surtout trois profils :
- Les indépendants et les métiers sensibles (conseil, santé, juridique), qui échangent des documents confidentiels avec leurs clients ;
- Les équipes de 2 à 10 personnes qui veulent quitter Google ou Microsoft d’un bloc ;
- Les entreprises inquiètes du Cloud Act, qui veulent sortir des clouds américains sans perdre en confort.
Le chiffrement : ce que Proton protège vraiment
Chez Google, vos mails sont chiffrés, mais Google détient les clés. Il peut techniquement les lire, et les remettre s’il y est obligé.
Chez Proton, vos mails, vos fichiers et vos documents sont chiffrés avec une clé que vous seul pouvez ouvrir, grâce à votre mot de passe. Même si un juge lui demande le contenu de votre boîte, Proton n’a rien de lisible à donner.
Entre adresses Proton, et vers l’extérieur
Entre deux adresses Proton, tout le contenu est chiffré de bout en bout. Vers une adresse Gmail, le message part de façon classique, et Google en garde une copie lisible.
Pour un mail sensible, vous pouvez ajouter un mot de passe. Votre client reçoit un lien, saisit le mot de passe que vous lui avez transmis à part, et le message s’efface au bout de 28 jours.

Ce que Proton ne protège pas
Attention : l’objet du mail, l’expéditeur et les destinataires ne sont pas chiffrés de bout en bout. Proton y a accès, et la justice suisse peut les lui demander.
Deux faits montrent ce que ça implique :
- en 2021, Proton a dû enregistrer l’adresse IP d’un militant climat français, qui a fini entre les mains de la police française ;
- en 2025, Proton a reçu 9 301 ordonnances de la justice pour Proton Mail et en a exécuté 8 313, d’après son rapport de transparence.
Ce que Proton transmet, ce sont ces métadonnées, pas le contenu de vos messages. Retenez donc ceci : Proton protège ce que vous écrivez, il ne vous rend pas anonyme.
Pour une entreprise, c’est le contenu qui compte. Mais à votre place, je ne mettrais rien de sensible dans l’objet d’un mail.
La Suisse, un pays pas si tranquille
Proton est suisse. L’entreprise échappe donc au Cloud Act américain, mais elle n’est pas non plus dans l’Union européenne.
Et la Suisse a son propre débat. En 2025, le gouvernement suisse a proposé de durcir sa loi sur la surveillance, pour obliger des services comme Proton à identifier leurs utilisateurs et à conserver certaines données.
Proton a réagi en annonçant qu’il déplaçait la majorité de son infrastructure hors de Suisse, vers l’Union européenne.
Le 11 février 2026, le Conseil fédéral a pris acte des critiques et remis le texte en chantier. Pour l’instant, rien n’est tranché.
De mon point de vue, le chiffrement compte plus que le drapeau : tant qu’il reste en place, Proton ne peut pas remettre le contenu de vos mails, puisqu’il ne sait pas le lire.
Mais si vous cherchez une entreprise française hébergée en France, ce n’est pas du côté de Proton qu’il faut regarder.
Les fonctionnalités de Proton Workspace
Place au test. Si vous venez de Gmail, vous ne serez pas perdu.
Proton Mail, la messagerie
Vous retrouvez à peu près les mêmes onglets que sur Gmail, avec autant de dossiers, de libellés et de filtres que vous voulez.
Dans les offres pro, vous ajoutez votre nom de domaine, avec jusqu’à 20 adresses par personne dans Workspace. Vous disposez aussi :
- d’une adresse fourre-tout, qui récupère les mails mal adressés ;
- d’adresses de groupe, comme contact@ ou facturation@, qui arrivent chez plusieurs personnes à la fois.
L’éditeur intègre un assistant d’écriture. Il rédige un brouillon à votre place, relit votre texte, l’allonge ou le raccourcit. Il est inclus dans Workspace Premium, et en option sur les autres offres.

Vos autres outils continuent de fonctionner : votre logiciel de facturation peut envoyer ses mails depuis votre adresse Proton. Et si vous tenez à Outlook, Thunderbird ou Apple Mail, la petite application Proton Mail Bridge fait le lien sur votre ordinateur.
Attention, Bridge ne fonctionne pas avec le nouvel Outlook pour Windows. Workspace inclut enfin Proton Sentinel, une surveillance des connexions suspectes qui bloque par exemple quelqu’un qui aurait volé votre mot de passe.
Proton Calendar et la prise de rendez-vous
Proton Calendar fait l’essentiel : invitations, calendriers partagés avec l’équipe et disponibilités visibles par vos collègues.
La fonction la plus utile pour un indépendant, c’est la page de prise de rendez-vous, un peu comme Calendly. Vous choisissez la durée et vos créneaux, puis vous partagez le lien. Votre client voit quand vous êtes libre, sans voir le détail de vos rendez-vous.
Il réserve, et un lien de visio Meet est créé tout seul s’il n’a pas de compte Proton. Vous avez droit à 1 page de réservation avec Mail Essentials, et à 25 avec Workspace.
La limite, c’est la synchronisation. Un agenda externe ajouté par abonnement reste en lecture seule, et ne se met à jour que toutes les 4 à 16 heures.
Proton Drive, le stockage
Proton Drive est l’équivalent de Google Drive. L’application synchronise vos dossiers, et peut aussi sauvegarder votre ordinateur et les photos de votre téléphone.

Pour partager, vous créez un lien sans limite de taille de fichier, que vous pouvez protéger par un mot de passe et une date d’expiration. Vous gardez la main ensuite : vous changez les droits ou vous coupez l’accès quand vous voulez.
Petit défaut repéré tout de suite : une partie de l’interface est encore en anglais. Si vous cherchez un stockage hébergé en France, j’ai aussi sélectionné des solutions de stockage cloud françaises et européennes.
Proton Docs, le traitement de texte
Dans Docs, j’ai écrit un document en quelques secondes. Vous pouvez travailler à plusieurs en même temps, laisser des commentaires et proposer des modifications en mode suggestion, comme le suivi des modifications de Word.
C’est pratique pour faire relire un contrat à un client, même s’il n’a pas de compte Proton. Et vos documents ne restent pas coincés chez Proton : vous les exportez en Word ou en PDF.

Proton Sheets, le tableur
Dans Sheets, les formules marchent bien : j’ai refait le calcul des prix de Proton pour une équipe de trois, sans aucun souci. Vous avez la mise en forme conditionnelle, les filtres, les graphiques et l’import de fichiers Excel.

Il manque en revanche :
- les tableaux croisés dynamiques ;
- les macros ;
- un équivalent de PowerPoint, que Proton ne propose pas du tout.
Pour des devis ou un suivi client, ça suffit. Pour un gros fichier Excel, gardez Excel à côté.
Proton Meet, la visio
Proton Meet est arrivé au printemps 2026, avec Proton Workspace. Vous lancez une réunion en quelques clics dans le navigateur, sans rien installer, et vos invités rejoignent avec le lien, même sans compte Proton.

Pendant la réunion, vous avez le partage d’écran, le chat, les réactions, la salle d’attente et l’enregistrement. Vous pouvez aussi créer des salles à lien permanent, pratiques pour une réunion d’équipe qui revient chaque semaine.
Tout est chiffré de bout en bout : l’image, le son et le chat. La clé de la réunion est cachée dans le lien lui-même, donc Proton ne voit pas ce qui se dit. La durée et le nombre de participants dépendent de votre offre.
Pour comparer avec Zoom, Teams et les autres, j’ai classé les meilleurs logiciels de visioconférence professionnels.
Pass, VPN et Lumo, les outils de protection
Proton Pass est le gestionnaire de mots de passe. Dans Workspace, vous créez des coffres partagés par équipe, par projet ou pour un prestataire. Pour un seul mot de passe, vous envoyez un lien qui expire.
Pass intègre la double authentification et vous prévient si vos identifiants apparaissent dans une fuite de données.
Il crée aussi des alias, des adresses qui renvoient vers votre boîte sans montrer la vraie : si l’une reçoit du spam, vous la coupez.
Le VPN est inclus, avec un bloqueur de publicités : pratique si vous travaillez souvent dans un café ou un coworking. Pour une équipe plus large, voici mon top des VPN professionnels.
Enfin, Lumo est l’équivalent de ChatGPT chez Proton. Vos conversations sont stockées chiffrées et ne servent pas à entraîner les modèles, même si le serveur doit lire votre question pour y répondre.

Je lui ai demandé ce que la facturation électronique change pour une micro-entreprise. Il a répondu vite, avec des sources et les bonnes dates. Mais il m’a proposé le portail public de l’État pour recevoir mes factures, une option abandonnée depuis 2024.
Comme toutes les IA, Lumo peut se tromper : vérifiez toujours derrière. Pour les vraies règles, tout est dans mon guide de la facturation électronique.
Passer son entreprise sur Proton
Tout se fait dans la console d’administration : vous ajoutez vos salariés, vous répartissez le stockage et vous branchez votre nom de domaine. Proton vous donne les réglages à copier chez votre registraire, pour recevoir vos mails et ne pas finir en spam.
Il y a un choix à faire avant d’inviter votre équipe :
- par défaut, les comptes de vos salariés sont non privés : n’importe quel administrateur de l’entreprise peut lire leurs mails ;
- vous pouvez passer un compte en privé : même l’administrateur n’y a plus accès.
Dans les deux cas, Proton ne peut rien lire.
Pour la migration, l’outil Easy Switch permet de quitter Google Workspace depuis juin 2026, et Microsoft 365 depuis fin septembre. Il récupère les mails, les contacts et les agendas. Vos fichiers, eux, sont à déplacer à part.

Mon conseil : commencez par migrer votre propre boîte, et gardez votre ancien compte au moins un an, le temps que tout le monde ait basculé.
Tarifs de Proton
Proton propose trois offres pour les entreprises. Les prix ci-dessous sont hors taxes, par utilisateur et par mois, en paiement annuel, relevés le 7 octobre 2026 :
| Offre | Prix | Ce qui est inclus |
|---|---|---|
| Mail Essentials | 6,99 € | Mail et agenda, 15 Go par personne, 10 adresses, 3 domaines. Le reste en version limitée : 1 page de rendez-vous, 1 connexion VPN, visio d’1 heure à 50 personnes |
| Workspace Standard | 12,99 € (14,99 € au mois) | Toute la suite, 1 To par personne, 15 domaines, visio jusqu’à 24 heures et 100 participants avec enregistrement, coffres d’équipe dans Pass |
| Workspace Premium | 19,99 € | Tout Standard, plus 3 To par personne, 20 domaines, visio à 250 personnes, assistant d’écriture et Lumo sans limite |

Pour une équipe de trois en Workspace Standard, comptez 467,64 € HT par an. Honnêtement, pour une petite entreprise, Standard suffit largement.
Et face à la concurrence ? Voici les prix équivalents, toujours hors taxes et en paiement annuel :
- Google Workspace : Business Starter à 6,80 €, Business Standard à 13,60 € ;
- Microsoft 365 : Business Basic à 6,07 €, Business Standard à 12,13 €, avec Word et Excel à installer.
Vous êtes donc dans les mêmes ordres de prix, à quelques centimes près. Ce qui change vraiment, c’est la confidentialité.
L’essai gratuit de 14 jours
Workspace s’essaie gratuitement pendant 14 jours. Il faut enregistrer un moyen de paiement, et l’abonnement démarre tout seul à la fin.
Mon conseil : choisissez le paiement au mois pendant l’essai, et notez la date de fin dans votre agenda. Si vous changez d’avis ensuite, Proton vous rembourse au prorata pendant 30 jours.
Avantages et inconvénients de Proton
Les points forts
- Un vrai chiffrement : même Proton ne peut pas lire vos mails, vos fichiers ni vos documents ;
- Hors du Cloud Act, avec une fondation comme actionnaire principal ;
- Une suite complète, du mail à la visio en passant par les mots de passe ;
- Un partage sécurisé avec des clients qui n’ont pas de compte Proton ;
- Des prix alignés sur Google Workspace et Microsoft 365 ;
- Une migration simplifiée depuis Google et Microsoft avec Easy Switch.
Les points faibles
- L’objet et les destinataires des mails ne sont pas chiffrés de bout en bout ;
- Une entreprise suisse, hors de l’Union européenne, avec une loi sur la surveillance encore en débat ;
- Une bureautique limitée : pas de tableaux croisés, pas de macros, pas de présentations ;
- Des agendas externes en lecture seule, synchronisés avec retard ;
- Une interface encore en partie en anglais ;
- Moins de connexions avec vos autres logiciels que chez Google ou Microsoft.
Les alternatives à Proton
Proton n’est pas seul sur le créneau des suites pro. Voici les quatre alternatives que je regarderais à sa place.
Infomaniak kSuite, l’autre suite suisse
Infomaniak héberge vos données en Suisse, dans ses propres datacenters, avec le mail, le Drive, la visio et une messagerie d’équipe. Le chiffrement de bout en bout n’y est pas la règle.
Je les ai départagés dans mon Proton vs Infomaniak.
Tuta, la messagerie chiffrée allemande
Tuta est basé en Allemagne, donc dans l’Union européenne, et chiffre de bout en bout jusqu’à l’objet des mails. Ses offres Business démarrent à 6 € HT par utilisateur et par mois.
Mais Tuta se limite au mail, à l’agenda et aux contacts : ni Drive ni bureautique.
Google Workspace, la référence de la bureautique
Google Workspace reste imbattable sur la collaboration en temps réel et les intégrations. Le revers : le Cloud Act, et des clés que Google détient.
Microsoft 365, pour Word, Excel et PowerPoint
Microsoft 365 s’impose si vos fichiers vivent dans Excel et PowerPoint. Même limite que Google : une entreprise américaine, soumise au Cloud Act.
Vous travaillez dans le public ? Jetez aussi un œil à LaSuite numérique, la suite libre de l’État, que j’ai testée. Et pour une liste plus large, voici mon top des alternatives à Gmail.
Mon avis final sur Proton
Alors, peut-on faire tourner toute son entreprise sur Proton ? Pour les mails, l’agenda et les fichiers, oui. Ça marche, c’est propre, et vous êtes chez l’un des rares acteurs où même l’éditeur ne peut pas lire vos documents.
Pour la bureautique lourde et les connexions avec vos autres logiciels, en revanche, Google et Microsoft gardent de l’avance.
Et est-ce plus souverain ? Pour le contenu, clairement oui, grâce au chiffrement. Mais Proton reste une entreprise suisse, la loi suisse n’est pas tranchée, et l’objet de vos mails reste accessible à la justice.
Mes recommandations :
- Vous êtes indépendant et voulez surtout des mails pro : Mail Essentials fait très bien le travail, surtout si vous manipulez des données sensibles, dans le conseil, la santé ou le juridique ;
- Vous êtes une équipe de 2 à 10 personnes qui veut quitter Google en entier : Workspace Standard est la bonne offre ;
- Votre activité repose sur des tableurs complexes, des présentations ou un logiciel branché sur Gmail : restez prudent, et testez avant de migrer.
Dans tous les cas, faites l’essai avec vos vrais fichiers. Migrez votre propre boîte, ouvrez vos trois tableurs les plus compliqués et faites une visio avec un client. En 14 jours, vous saurez si Proton vous convient.