Micro-entreprise, EURL ou SASU ? Quand vous créez votre entreprise, ce choix décide d’une bonne partie de ce qui vous reste à la fin de l’année, et de votre protection sociale. Avec les mêmes chiffres, l’écart entre deux statuts peut approcher 5 000 € par an.
Alors, quel statut juridique vous laisse le plus, et lequel vous protège le mieux ?
Pour trancher, j’ai créé un simulateur de statut juridique gratuit : vous entrez votre chiffre d’affaires et vos frais, et il calcule ce qui vous reste dans chaque statut, avec les règles de l’Urssaf pour 2026.
J’ai tout expliqué dans cette vidéo, simulations comprises :
Dans la suite, je vous présente chaque statut un par un, puis je passe trois situations concrètes dans le simulateur. C’est parti !
Les 4 statuts possibles quand vous créez seul
Si vous lancez votre activité sans associé, vous avez le choix entre quatre formes : la micro-entreprise, l’entreprise individuelle au réel, l’EURL et la SASU.
La micro-entreprise
C’est le statut le plus simple. Juridiquement, c’est une entreprise individuelle, avec un régime simplifié pour l’impôt et pour l’Urssaf. Vous la créez gratuitement en ligne, sans capital et sans statuts.
Vous ne vous versez pas de salaire : ce qui reste après vos cotisations et vos frais, c’est pour vous. Les cotisations sont un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé :
- 12,3 % pour la vente de marchandises ;
- 21,2 % pour les prestations de services commerciales et artisanales ;
- 25,6 % pour les activités libérales non réglementées (23,2 % pour celles qui relèvent de la Cipav).
Si vous n’encaissez rien, vous ne payez rien. L’impôt suit le même principe : il est calculé sur votre chiffre d’affaires, après un abattement fixe de 71 % pour la vente, 50 % pour les services et 34 % en libéral.
Côté gestion, un livre des recettes suffit, avec un registre des achats si vous vendez des marchandises. Pas de bilan, et l’expert-comptable n’est pas obligatoire.
La micro a quand même deux limites. D’abord, un plafond de chiffre d’affaires : 83 600 € pour les services et les activités libérales, 203 100 € pour la vente. Si vous le dépassez deux années de suite, vous basculez au réel, comme le précise Service Public.

Et la franchise de TVA s’arrête bien avant : à 37 500 € pour les services et 85 000 € pour la vente. Au-dessus, vous facturez la TVA, même en micro. Ces seuils restent inchangés en 2026, le projet de seuil unique à 25 000 € ayant été abandonné.

Ensuite, vos frais ne sont pas déductibles : l’abattement fixe les remplace. Avec beaucoup de dépenses (matériel, local, sous-traitance), le réel peut devenir plus intéressant. Le simulateur vous prévient d’ailleurs quand vos frais dépassent l’abattement.
L’entreprise individuelle au réel
C’est la même structure que la micro, mais cette fois, vos frais sont vraiment déduits. Vous cotisez et vous êtes imposé sur votre bénéfice, c’est-à-dire votre chiffre d’affaires moins vos dépenses réelles.
Vous restez travailleur indépendant, sans salaire : votre bénéfice, c’est votre revenu. Pour le calculer, il faut tenir une comptabilité complète, souvent avec un expert-comptable.
Le revers ? Tout le bénéfice est taxé chez vous, même l’argent que vous laissez dans l’entreprise pour investir. Pour l’éviter, l’entreprise individuelle peut opter pour l’impôt sur les sociétés.
Et on entend encore souvent qu’il faut une société pour protéger ses biens personnels. C’est une idée reçue : depuis mai 2022, en entreprise individuelle, votre patrimoine personnel est séparé de votre patrimoine professionnel.

Vos créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens utiles à votre activité, sauf exceptions, par exemple si vous vous portez caution. Ce n’est donc plus une raison suffisante pour créer une société.
L’EURL
Avec l’EURL, vous passez à une société, dont vous êtes l’associé unique et le gérant. Il faut rédiger des statuts, déposer un capital, même d’1 €, et publier une annonce légale. Chaque année, la société fait ses comptes et les dépose au greffe.
Le gérant reste travailleur indépendant, comme en micro ou en entreprise individuelle. Par défaut, l’EURL est à l’impôt sur le revenu : tout le bénéfice est imposé chez vous, et vous cotisez dessus.
Mais vous pouvez choisir l’impôt sur les sociétés. Vous vous versez alors une rémunération, sur laquelle vous cotisez, et vous sortez le reste en dividendes.
Attention : la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital et de vos apports en compte courant est soumise aux cotisations, comme un salaire.
Et si un associé vous rejoint un jour, l’EURL devient une SARL, sans créer de nouvelle société.
La SASU
C’est l’autre société à associé unique, dont vous êtes le président. Les formalités sont les mêmes qu’en EURL, mais les statuts sont plus libres.
La grosse différence, c’est votre régime social. Le président de SASU est assimilé salarié : il cotise au régime général, comme un salarié, sauf pour le chômage.

Par défaut, la SASU est à l’impôt sur les sociétés. Vous pouvez vous verser un salaire, des dividendes, ou les deux. Les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales, et sont taxés à 31,4 % en 2026, avec la hausse de la CSG.
Beaucoup de présidents se versent donc peu de salaire, voire rien, et se rémunèrent en dividendes. Mais sans salaire, vous ne validez pas de retraite, et vous n’avez pas d’indemnités en cas d’arrêt maladie. Et si vous accueillez des associés, la SASU devient simplement une SAS.
Les 2 formes pour créer à plusieurs
La SARL
La SARL accueille de 2 à 100 associés, avec un capital libre. Elle est dirigée par un ou plusieurs gérants, associés ou non. C’est une forme très encadrée par la loi.
Les règles de fonctionnement sont en grande partie fixées d’avance, ce qui rassure, notamment dans une affaire familiale.
Le régime social du gérant dépend de sa part :
- avec plus de 50 % des parts (en comptant son conjoint et ses enfants mineurs), il est gérant majoritaire, donc travailleur indépendant ;
- avec 50 % ou moins, il est assimilé salarié.
Par défaut, la SARL est à l’impôt sur les sociétés, et la règle des 10 % s’applique aux dividendes d’un gérant majoritaire. Un associé ne peut pas vendre ses parts à quelqu’un d’extérieur sans l’accord des autres.
La SAS
La SAS, c’est la grande sœur de la SASU. Il faut au moins deux associés, sans maximum, et le capital est libre. La loi impose juste un président : pour le reste, ce sont les statuts qui organisent les pouvoirs, les droits de vote ou l’entrée de nouveaux associés.
Dès qu’il est rémunéré, le président est assimilé salarié, quelle que soit sa part du capital. Et les dividendes ne supportent jamais de cotisations sociales.
C’est la forme préférée des investisseurs : elle permet de créer des actions avec des droits différents, et de céder ses actions sans l’accord des autres, sauf si les statuts le prévoient. En contrepartie, cette liberté demande des statuts bien rédigés, et souvent un pacte d’associés.
Ce qui sépare vraiment les statuts
Au fond, ce qui sépare ces statuts, ce sont surtout vos cotisations et l’impôt.
L’écart de cotisations est énorme. D’après mon simulateur, pour se verser 2 000 € nets par mois, un gérant d’EURL ou un gérant majoritaire de SARL paie environ 870 € de cotisations. Un président de SASU ou de SAS, environ 1 600 €.
En échange, le président est mieux couvert pour la retraite et les arrêts maladie. Aucun des deux n’a droit au chômage.
Côté impôt, une société à l’IS paie 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice, puis 25 % au-delà.
Vous, vous n’êtes imposé que sur ce que vous vous versez. Si vous n’avez pas besoin de tout ce que vous gagnez, vous pouvez en laisser une partie dans la société, où elle sera moins taxée. C’est aussi la logique d’une holding, quand l’activité grossit.
| Statut | Régime social | Impôt par défaut | Point fort |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | Indépendant | Impôt sur le revenu (abattement) | Simplicité |
| EI au réel | Indépendant | Impôt sur le revenu (bénéfice) | Frais déduits |
| EURL, SARL (gérant majoritaire) | Indépendant | IR pour l’EURL, IS pour la SARL | Cotisations plus faibles |
| SASU, SAS | Assimilé salarié | Impôt sur les sociétés | Meilleure protection |
Ce que coûte une société chaque année
Il y a un coût qu’on oublie souvent quand on compare : faire tourner une société.
Créer une micro-entreprise est gratuit sur le guichet unique. Pour une société, comptez 200 à 300 € de frais obligatoires, pour le greffe et l’annonce légale.
Chez LegalPlace, la formule Basique n’ajoute rien à ces frais, et en Express, où un formaliste monte votre dossier, c’est 199 € HT (voir mon avis sur LegalPlace).
J’ai détaillé tous ces montants dans mon article sur le coût de création d’une entreprise.
Mais ce qui pèse, c’est la comptabilité, tous les ans. Une société doit faire un bilan et déposer ses comptes. Chez Dougs, la compta d’une société démarre à 79 € HT par mois, soit près de 950 € par an. Je l’ai passé en revue dans mon avis sur Dougs.

Pour une entreprise individuelle en profession libérale, Dougs propose un pack à 49 € HT par mois. Et la création chez eux, 150 € HT, est offerte si vous leur confiez la compta.
Dans le simulateur, tout ça va dans la case frais de fonctionnement. Par défaut, j’ai mis 2 000 € par an pour une société et 1 200 € pour une entreprise individuelle au réel, banque et logiciels compris. Remplacez-les par vos propres devis : ça peut changer le résultat.
Trois cas concrets passés dans le simulateur
Pour comparer, j’ai lancé le simulateur sur la même activité libérale (du conseil ou du développement, par exemple), pour un créateur seul, sans autre revenu dans le foyer, avec les frais de fonctionnement par défaut.

Cas 1 : 25 000 € de chiffre d’affaires
Avec 25 000 € de chiffre d’affaires et 1 000 € de frais, la micro-entreprise arrive en tête :
- micro-entreprise : environ 17 550 € par an après cotisations et impôt ;
- entreprise individuelle au réel : environ 16 150 € ;
- EURL à l’IS : environ 15 600 € ;
- SASU : environ 12 750 €.

À ce niveau, les frais d’une société et ses cotisations pèsent trop lourd. Et en SASU sans salaire, vous ne validez aucun trimestre de retraite. Pour démarrer avec un petit chiffre d’affaires, la micro est presque toujours le bon choix.
Cas 2 : 60 000 € de chiffre d’affaires
Même activité, avec 60 000 € de chiffre d’affaires et 8 000 € de frais. Là, c’est beaucoup plus serré.
L’EURL et la micro sont au coude-à-coude, autour de 31 600 € par an, avec à peine 125 € d’écart en faveur de l’EURL. L’entreprise individuelle au réel est à 30 900 €, et la SASU à 28 600 €.

Le simulateur recommande quand même la micro. Pour si peu d’écart, vous évitez la comptabilité d’une société, le bilan et l’approbation des comptes.
Il y a un point qu’il ne compte pas : la TVA. À 60 000 €, vous dépassez la franchise des services, donc vous la facturez, même en micro.
Si vos clients sont des entreprises, ça ne change rien pour eux. Si ce sont des particuliers, soit vous augmentez vos prix de 20 %, soit vous rognez sur votre marge.
Et si vous cochez « Être bien protégé » au lieu de « Gagner le plus », le simulateur propose la SASU, avec un salaire d’environ 470 € nets par mois.
Ce salaire suffit pour valider vos 4 trimestres de retraite, pour environ 3 200 € de moins par an que le statut le plus rentable.
Cas 3 : 120 000 € de chiffre d’affaires
Avec 120 000 € de chiffre d’affaires et 10 000 € de frais, vous êtes au-dessus du plafond : la micro-entreprise ne tiendra pas, et le simulateur l’écarte.
C’est l’EURL à l’impôt sur les sociétés qui vous laisse le plus, avec environ 62 700 € par an, entre un salaire et des dividendes.
La SASU suit à 59 600 €, avec un salaire d’environ 1 500 € nets par mois et le reste en dividendes. L’entreprise individuelle au réel est à 59 300 €.

Plus le bénéfice monte, plus l’impôt sur les sociétés devient intéressant : la société ne paie que 15 % sur le début de son bénéfice.
Et l’écart entre l’EURL et la SASU, un peu plus de 3 000 €, c’est en gros le prix de la meilleure protection du régime général.
Si vous touchez le chômage (ARE)
Il y a une situation où la SASU passe devant : quand vous touchez l’allocation chômage. Si vous cochez la case de l’ARE dans le simulateur, il vous la recommande.
Tant que vous ne vous versez pas de salaire de président, vous continuez à toucher vos allocations pendant le lancement, et vous vous rémunérez plus tard en dividendes.

Mais une règle a changé. Depuis le 1er avril 2025, le cumul entre le chômage et les revenus de votre entreprise est limité à 60 % des droits qui vous restent le jour de la création, comme l’explique l’Unédic.
Une fois ce plafond atteint, les versements s’arrêtent, sauf dérogation. Et pendant tout ce temps, sans salaire, vous ne cotisez pas pour votre retraite.
À plusieurs : SARL ou SAS ?
Si vous créez à plusieurs, le simulateur compare la SARL et la SAS. Vous cochez « Nous sommes plusieurs associés », vous indiquez votre part du capital et le salaire que vous comptez vous verser. Le reste est distribué en dividendes, selon les parts de chacun.
Deux cas se présentent :
- avec 50 % des parts ou moins, vous êtes assimilé salarié dans les deux formes : vous gagnez exactement la même chose, et le simulateur recommande la SAS pour sa souplesse ;
- au-dessus de 50 %, vous devenez gérant majoritaire en SARL : vos cotisations sur le salaire baissent, mais une partie de vos dividendes y est soumise. Le simulateur fait le calcul pour vous.
Mon avis : quel statut choisir pour gagner plus ?
Pour moi, il n’y a pas de meilleur statut dans l’absolu, mais il y a un ordre logique :
- vous démarrez seul, avec peu de frais et un chiffre d’affaires sous le plafond : commencez en micro-entreprise. C’est gratuit, c’est simple, et vous pourrez passer en société plus tard ;
- vous avez beaucoup de frais, ou vous approchez du plafond : regardez l’EURL à l’IS ou l’entreprise individuelle au réel. Sur mes exemples, c’est l’EURL qui laisse le plus quand le chiffre d’affaires grimpe ;
- vous touchez le chômage au lancement, vous voulez la protection du régime général en sachant ce qu’elle coûte, ou vous comptez accueillir des investisseurs : la SASU ;
- à plusieurs : une SAS si des investisseurs peuvent entrer un jour, une SARL pour une affaire familiale.
La SASU, on la présente souvent comme le statut par défaut. Sur ces trois cas, elle n’est jamais devant sur le revenu. Elle se justifie par sa protection et sa souplesse, pas par ce qu’elle vous laisse.
Si vous êtes freelance, j’ai aussi un comparatif dédié à quel statut juridique choisir en freelance, portage salarial compris.
Avant de vous lancer, passez vos propres chiffres dans le simulateur, puis faites valider votre choix par un expert-comptable. J’ai sélectionné les meilleurs experts-comptables en ligne si vous n’en avez pas encore.
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