Lundi matin, votre commerciale ouvre le CRM depuis le Wi-Fi d’un TGV. Votre comptable valide un virement sur son PC personnel, branché sur la box familiale. Rien d’exceptionnel : selon l’Insee, 22,4 % des salariés du privé télétravaillaient au deuxième trimestre 2024.
Le souci, c’est que votre réseau d’entreprise s’étend désormais jusque dans leur salon. Et les attaquants l’ont bien compris : en 2025, le piratage de compte est devenu la première menace pour les entreprises accompagnées par Cybermalveillance.gouv.fr.
Je vous montre les mesures qui protègent vraiment vos équipes à distance, et dans quel ordre les mettre en place. C’est parti !
Pourquoi le télétravail ouvre des brèches dans votre sécurité ?
Au bureau, vos postes passent par un réseau que vous maîtrisez : pare-feu, Wi-Fi protégé, mises à jour gérées par l’informatique. À la maison, ce cadre disparaît. Chaque salarié devient, sans le savoir, l’administrateur réseau de son propre bureau.
Les points faibles se trouvent presque toujours aux mêmes endroits :
- la box familiale, rarement mise à jour et partagée avec les consoles des enfants ;
- le Wi-Fi public du café, de l’hôtel ou du train, où un faux point d’accès peut se faire passer pour le vrai ;
- le PC personnel, utilisé pour le travail en journée et pour tout le reste le soir ;
- les applications cloud (messagerie, CRM, logiciel de facturation), ouvertes avec un simple mot de passe depuis n’importe où.
Les chiffres de 2025 le confirment. Pour les entreprises et associations assistées par Cybermalveillance.gouv.fr, le piratage de compte pèse 21 % des demandes (+52 % en un an), devant l’hameçonnage (16 %) et la fraude au virement (13,5 %).
Pas besoin d’une équipe de sécurité pour réduire ces risques. Tout commence par le chemin que prennent vos données.
Chiffrer chaque connexion avec un VPN professionnel
La première brique, c’est le chiffrement. Un VPN pour entreprise crée un tunnel chiffré entre l’ordinateur du salarié et vos ressources. Même sur le Wi-Fi d’une gare, ce qui circule dans le tunnel reste illisible pour un tiers.
L’ANSSI va dans ce sens dans ses recommandations sur le nomadisme numérique : faire passer les accès professionnels par un tunnel VPN, et empêcher l’utilisateur de le désactiver. Un VPN que le salarié peut couper finit toujours par être coupé.
Pour une PME sans service informatique, un VPN géré dans le cloud évite d’installer et d’entretenir un serveur. C’est le cas de Proton VPN for Business, édité par la société suisse qui a créé Proton Mail. Voici ce que j’y regarde en priorité :
- une console d’administration unique pour ajouter ou retirer un salarié en quelques clics ;
- le VPN permanent et l’arrêt d’urgence (kill switch), qui bloquent le trafic si le tunnel tombe ;
- la double authentification imposée à toute l’organisation ;
- le filtre NetShield, qui bloque les logiciels malveillants et les sites d’hameçonnage connus ;
- des applications pour Windows, macOS, Linux, iOS et Android, déployables par MDM.
Côté prix, l’offre VPN Essentials démarre à 6,99 € hors taxes par utilisateur et par mois en paiement annuel, dès 2 utilisateurs. L’offre VPN Professional (9,99 €) ajoute l’authentification unique (SSO), des adresses IP dédiées et des passerelles privées pour réserver l’accès à vos outils internes.
J’ai montré le VPN de Proton en action dans mon test de toute la suite, au chapitre qui démarre ici :
Proton n’est pas seul sur ce marché : j’ai classé NordLayer, GoodAccess ou Tailscale dans mon comparatif des VPN professionnels. Et surtout, gardez en tête ce qu’un VPN ne protège pas :
- un salarié qui tape son mot de passe sur une fausse page de connexion ;
- un compte protégé par un mot de passe réutilisé et déjà fuité ;
- un ordinateur infecté avant même l’ouverture du tunnel.
Ces failles se traitent ailleurs, à commencer par les accès.
Verrouiller les accès : double authentification et mots de passe
Si le piratage de compte arrive en tête, ce n’est pas un hasard. Dans son bilan sur le piratage de comptes en 2025, Cybermalveillance.gouv.fr cite les mêmes portes d’entrée : l’hameçonnage, le mot de passe trop simple et celui réutilisé sur un site déjà piraté.
La parade la plus rentable s’appelle l’authentification multifacteur (MFA). En plus du mot de passe, le salarié valide sa connexion sur son téléphone ou avec une clé physique. Un mot de passe volé ne suffit plus pour entrer.
Activez-la en priorité sur :
- la messagerie (Microsoft 365, Google Workspace, Proton Mail), qui ouvre la porte de tous les autres comptes ;
- les outils qui touchent à l’argent : banque, logiciel de facturation, paie ;
- les comptes administrateurs et l’accès au VPN lui-même.
Deuxième réflexe : un gestionnaire de mots de passe partagé. Chaque salarié retient un seul mot de passe solide, l’outil crée tous les autres et les remplit à sa place. Pour choisir le vôtre, consultez mon classement des gestionnaires de mots de passe d’entreprise.
Autre avantage : quand un salarié quitte l’entreprise, vous coupez tous ses accès d’un coup, au lieu de courir après quinze comptes oubliés.
Maîtriser les appareils qui se connectent
Un tunnel chiffré ne sert à rien si l’ordinateur au bout est déjà compromis. L’ANSSI conseille d’éviter, autant que possible, de mélanger usages personnels et professionnels sur un même appareil. Autrement dit : fournissez le matériel.
Le prix d’un portable professionnel pèse peu face à une activité bloquée plusieurs jours par un rançongiciel. Sur ce parc, quatre réglages font l’essentiel du travail :
- les mises à jour automatiques du système et du navigateur, sans pouvoir les repousser indéfiniment ;
- le chiffrement du disque (BitLocker sur Windows, FileVault sur Mac), pour qu’un PC volé ne livre rien ;
- un outil de gestion de flotte (MDM) pour installer les applis, dont le VPN, et effacer à distance un appareil perdu ;
- des sauvegardes automatiques, stockées en dehors du poste.
Pour les déplacements, ajoutez un filtre de confidentialité sur l’écran. Dans le train, votre voisin de siège lit souvent votre tableur mieux que vous.
Former vos salariés aux arnaques qui visent le télétravail
La technique ne bloque pas tout. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, la fraude au virement a bondi de 93 % en un an chez les entreprises. Elle vise des salariés isolés, sans collègue à qui demander « c’est normal, ce mail ? ».
Quelques règles simples, écrites noir sur blanc dans votre charte de télétravail, changent beaucoup de choses :
- tout changement de RIB d’un fournisseur se vérifie par téléphone, sur un numéro déjà connu ;
- aucun code de validation ne se communique, même à un « conseiller » qui appelle ;
- un mail urgent du dirigeant qui réclame un virement se confirme par un autre canal ;
- un clic douteux se signale tout de suite, sans crainte d’être sanctionné.
Ce dernier point compte plus qu’il n’y paraît. Un salarié qui a peur d’avouer une erreur la cache, et c’est souvent pendant ce silence que l’attaque prend de l’ampleur.
Par où commencer dans une PME ?
Inutile de tout déployer en une semaine. Voici l’ordre que je conseille à une petite équipe, du plus urgent au plus confortable :
- activer la double authentification sur la messagerie et la banque : c’est gratuit et ça prend une heure ;
- déployer un VPN professionnel sur tous les ordinateurs qui sortent du bureau ;
- installer un gestionnaire de mots de passe partagé ;
- chiffrer les disques et automatiser les mises à jour ;
- organiser une sensibilisation d’une heure à l’hameçonnage, puis la refaire chaque année.
Côté budget, une équipe de 10 personnes sur l’offre VPN Essentials de Proton revient à 69,90 € hors taxes par mois, soit 838,80 € par an. Mettez ce montant en face d’une seule fraude au virement réussie : le calcul est vite fait.
Et pour équiper vos équipes à distance au-delà de la sécurité, j’ai réuni les outils utiles dans ma sélection d’outils pour le télétravail.
Mon avis
Aucun outil ne sécurise le télétravail à lui seul. Il faut fermer les portes une par une : le tunnel chiffré pour les connexions, la double authentification pour les comptes, le matériel maîtrisé pour les postes et des règles claires pour les humains.
Si je ne devais faire que deux choses demain matin, j’activerais la MFA partout et j’installerais un VPN sur chaque portable qui quitte le bureau. Le reste peut suivre au rythme de votre équipe.