Depuis février 2026, deux des hébergeurs les plus populaires d’Europe, OVHcloud et Hetzner, ont annoncé des hausses de prix majeures sur leurs offres de VPS (serveurs privés virtuels), serveurs dédiés et services cloud. Des augmentations qui dépassent largement les ajustements habituels, puisqu’elles atteignent jusqu’à 45 % chez OVHcloud et 37 % chez Hetzner.
Pour les entreprises, les développeurs, les agences web et les indépendants qui dépendent de ces services au quotidien, cette situation soulève une question essentielle : comment anticiper cette hausse et adapter sa stratégie d’hébergement ?
Dans cet article, je fais le point sur les causes de cette flambée, les tarifs concernés et les solutions pour limiter son impact sur votre budget. J’en parle également dans cette vidéo :
Que se passe-t-il exactement chez OVHcloud et Hetzner ?
Les deux hébergeurs ont communiqué à quelques jours d’intervalle sur des augmentations de tarifs applicables à partir du 1er avril 2026. Ces hausses concernent aussi bien les nouveaux clients que les abonnés existants, ce qui constitue un changement de taille pour de nombreux professionnels.
OVHcloud : des hausses allant jusqu’à 45 % sur les VPS
Le fondateur et PDG d’OVHcloud, Octave Klaba, avait initialement annoncé sur les réseaux sociaux une augmentation « modérée » de +2 à +6 % sur les services existants et de +9 à +11 % sur les nouvelles gammes. Cependant, les emails reçus par les clients révèlent une réalité bien différente.
Comme vous le savez, sur le plan mondial, les 3 fabricants de mémoire ont basculé leur capacité de production pour répondre aux besoins de GPU. La demande mondiale n’ayant pas diminué, il en résulte une forte augmentation du prix de la RAM et des disques depuis le mois de… pic.twitter.com/zkPzicQowH
— Octave Klaba (@olesovhcom) February 20, 2026
Concrètement, la gamme VPS 2026 (VPS 1 à VPS 6 et VPS en Local Zones) ainsi que les adresses IPv4 additionnelles sont directement concernées. Le VPS 1, par exemple, passe de 5,39 € à 7,79 € par mois hors remise, soit une augmentation d’environ 45 %. Le VPS 2 suit une trajectoire similaire, grimpant de 8,39 € à 11,99 €, soit +43 %. Sur les offres les plus puissantes, la hausse frôle les 50 %.
Les serveurs dédiés des gammes Advance 2024/2026 et Rise sont également touchés, bien que les offres Kimsufi et So you Start soient pour le moment épargnées. L’adresse IPv4 supplémentaire, quant à elle, passe de 1,99 € à 2,39 € par mois, soit 20 % de hausse.
La stratégie d’OVHcloud est assumée : l’hébergeur souhaite « diluer » les coûts en répercutant une partie de la hausse sur les anciennes gammes, afin d’éviter que les futurs produits cloud (2026-2028) ne deviennent prohibitifs pour les nouveaux clients. Un choix controversé qui passe mal auprès des abonnés existants, dont le matériel a déjà été amorti.
Hetzner : +30 à +39 % sur les serveurs cloud
L’hébergeur allemand Hetzner, réputé pour son excellent rapport qualité-prix, n’est pas en reste. L’entreprise a annoncé des augmentations de 30 à 37 % sur ses instances cloud (gammes CX, CAX, CPX et CCX) en Allemagne et en Finlande, et de 36 à 39 % sur les load balancers.
Sur l’entrée de gamme, le VPS CX23 passe de 2,99 € à 3,99 € par mois, tandis que les instances Arm (CAX) subissent une hausse similaire. Les serveurs dédiés augmentent également, mais de façon plus modérée avec une hausse moyenne d’environ 15 %. Les serveurs aux enchères, une spécificité de Hetzner, subissent pour leur part une augmentation générale de 3 %. Le stockage objet prend quant à lui environ 30 % et les volumes et instantanés suivent la même tendance.
Dans son communiqué, Hetzner explique avoir tenté de retarder ces hausses au maximum, mais ne pas pouvoir « compenser la pression » exercée sur ses opérations. Déjà début février, l’hébergeur avait augmenté ses frais d’installation en invoquant des prix d’achat de composants « exceptionnellement élevés », prévenant qu’il ne s’agissait probablement pas de la dernière hausse.
Pourquoi les prix des VPS et du cloud augmentent autant en 2026 ?
Si OVHcloud et Hetzner se retrouvent contraints d’augmenter leurs tarifs de manière aussi significative, c’est parce que le secteur tout entier subit une pression inédite sur les coûts des composants. Et le principal responsable de cette situation est bien identifié : la demande colossale en infrastructure pour l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle assèche le marché de la mémoire
Les modèles d’IA générative et les infrastructures de data centers qui les hébergent nécessitent d’énormes quantités de mémoire haute bande passante (HBM). Or, cette mémoire est produite sur les mêmes lignes de fabrication que la DDR4 et DDR5 utilisée dans les serveurs classiques.
Les trois grands fabricants mondiaux de DRAM, Samsung, SK Hynix et Micron (qui représentent à eux seuls 95 % de la production mondiale), ont logiquement orienté leur production vers la HBM, bien plus rentable. Résultat : la mémoire destinée aux serveurs traditionnels et aux VPS se retrouve en pénurie.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le cabinet TrendForce, les prix de la DRAM ont bondi de +172 % sur le marché spot en 2025. Les modules DDR4 et DDR5 pour serveurs devraient encore augmenter de 90 à 110 % au premier trimestre 2026. Octave Klaba, le PDG d’OVHcloud, a lui-même estimé que la RAM pourrait coûter +250 à +300 % de plus fin 2026 par rapport à septembre 2025.
Les SSD NVMe et le stockage NAND suivent la même tendance
La mémoire vive n’est pas le seul composant touché. Les SSD NVMe, indispensables au fonctionnement des VPS modernes, subissent également une hausse importante liée à la flambée de la mémoire NAND Flash. Les analystes anticipent une augmentation de 55 à 60 % sur ce segment au premier trimestre 2026.
La fermeture par Micron de sa filiale grand public Crucial, annoncée en décembre 2025, est un signe révélateur de l’ampleur de la réorientation industrielle en cours : les fabricants préfèrent concentrer leurs capacités sur les marchés les plus rentables, à savoir l’infrastructure IA.
L’énergie et les coûts d’exploitation s’ajoutent à l’équation
Au-delà des composants, les coûts d’exploitation des data centers augmentent également. Hetzner, basé en Allemagne, fait face à des prix de l’électricité parmi les plus élevés d’Europe, ce qui alourdit encore la facture. OVHcloud, qui assemble ses propres serveurs en France, doit également absorber la hausse du coût de fabrication estimée entre 15 et 35 % sur un même serveur produit entre fin 2025 et fin 2026.
Comment limiter l’impact de ces hausses sur votre budget hébergement ?
Face à ces augmentations, il est important de ne pas subir la situation passivement. Plusieurs leviers existent pour optimiser vos coûts d’hébergement sans sacrifier la qualité de service.
Auditer ses besoins réels
Avant toute chose, c’est le moment idéal pour faire le point sur vos besoins. De nombreuses entreprises paient pour des ressources qu’elles n’utilisent pas pleinement. Un audit de votre infrastructure peut révéler des opportunités d’optimisation : redimensionner vos VPS, regrouper des services sur moins de machines ou migrer certaines applications vers des solutions plus adaptées.
Comparer les alternatives sur le marché
Même si OVHcloud et Hetzner restent parmi les acteurs les plus compétitifs en Europe, il peut être pertinent de regarder ce que proposent d’autres hébergeurs. Dans mon comparatif sur les VPS que je viens de mettre à jour récemment, vous pouvez retrouver les principaux acteurs acteurs du marché et je compare également les tarifs en prenant en compte les augmentations. La hausse généralisée des composants touche tout le secteur, mais chaque hébergeur répercute ces coûts de manière différente selon sa structure et sa stratégie.
L’important est de comparer non seulement les prix, mais aussi les performances, le support technique, la localisation des data centers (particulièrement important pour le RGPD) et les garanties de disponibilité.
Hostinger : une alternative sérieuse à considérer
Parmi les alternatives intéressantes dans ce contexte de hausse, Hostinger mérite une attention particulière. L’hébergeur lituanien, qui compte aujourd’hui plus de 29 millions d’utilisateurs dans 178 pays, propose des offres VPS à des tarifs très compétitifs, avec des plans démarrant à partir de 5,49 €/mois pour un VPS KVM incluant 1 vCPU, 4 Go de RAM et 50 Go de stockage NVMe.
Ce qui distingue Hostinger dans le paysage actuel, c’est la combinaison de plusieurs atouts. D’abord, ses VPS fonctionnent sur des processeurs AMD EPYC de dernière génération avec du stockage NVMe, garantissant des performances solides. Ensuite, Hostinger propose un assistant IA intégré qui simplifie la gestion du serveur, même pour les utilisateurs moins techniques : installation de WordPress, configuration du pare-feu, déploiement d’applications… l’IA vous accompagne à chaque étape. Enfin, avec des data centers répartis en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et en Amérique du Sud, Hostinger offre une flexibilité géographique appréciable.
Bien entendu, Hostinger n’est pas exempt des tensions qui touchent l’ensemble du secteur. Mais sa structure de coûts et son positionnement international lui permettent pour le moment de proposer des tarifs nettement inférieurs à ceux d’OVHcloud et Hetzner, notamment sur les offres VPS d’entrée et de milieu de gamme. C’est une piste à explorer sérieusement si vous envisagez une migration ou si vous cherchez à maîtriser vos coûts d’hébergement dans les mois à venir.
Profiter des périodes d’engagement avant la hausse
Chez OVHcloud comme chez Hetzner, les nouveaux tarifs s’appliquent à compter du 1er avril 2026. Si vous envisagez de renouveler ou de souscrire un service, il peut être judicieux de le faire avant cette date. OVHcloud propose des engagements de 6 ou 12 mois qui permettent de bloquer les tarifs actuels jusqu’au prochain renouvellement.
À quoi faut-il s’attendre pour la suite ?
Malheureusement, les perspectives à court terme ne sont pas rassurantes. Selon les analystes et les déclarations des hébergeurs eux-mêmes, la pression sur les prix devrait se poursuivre tout au long de l’année 2026.
Octave Klaba a estimé que les prix de la RAM n’atteindront leur pic qu’aux alentours de juin 2026, avant une stabilisation progressive. Il prévoit que les tarifs resteront élevés jusqu’en 2028 au moins, le temps que de nouvelles capacités de production voient le jour. De son côté, Hetzner estime que la pression sur les prix « devrait se poursuivre au cours de l’année en cours ».
Les hyperscalers (AWS, Google Cloud, Microsoft Azure) ne sont pas épargnés non plus. AWS a par exemple augmenté discrètement ses tarifs GPU de 15 % début 2026. Cependant, ces géants du cloud disposent de réserves financières considérables et peuvent absorber une partie des hausses plus longtemps que les hébergeurs européens. À terme, il est toutefois probable que l’ensemble du marché répercute ces coûts sur les utilisateurs finaux.