Vous êtes kiné et vous voulez publier des vidéos d’exercices sur Instagram. Ou avocate, et vous vous demandez si vous avez le droit d’acheter des mots-clés sur Google Ads. Jusqu’à fin 2020, un médecin n’avait tout simplement pas le droit de faire de publicité, même indirecte.
Aujourd’hui, la plupart des professions libérales réglementées peuvent communiquer en ligne. Mais chacune avec ses propres règles, et un faux pas peut vous valoir des poursuites disciplinaires devant votre ordre.
Je vous explique ce que votre déontologie autorise, profession par profession, et comment gérer les avis Google sans trahir le secret professionnel. C’est parti !
Profession libérale réglementée ou non : la première question à se poser
Toutes les professions libérales ne jouent pas avec les mêmes règles. Le Forum des professions libérales les classe dans son guide des professions libérales : d’un côté les professions réglementées, souvent organisées en ordres, de l’autre les professions non réglementées.
Si vous êtes consultant, formateur ou graphiste, vous communiquez comme n’importe quelle entreprise : droit de la consommation, RGPD, règles des plateformes. Rien de plus.
Si vous êtes médecin, avocate ou architecte, une couche s’ajoute : votre code de déontologie, appliqué par votre ordre. En cas de manquement, la sanction est disciplinaire et peut aller jusqu’à l’interdiction d’exercer.
Sur internet, ces règles touchent quatre sujets :
- ce que vous pouvez dire de vous sur votre site et vos réseaux sociaux ;
- la publicité payante, comme Google Ads ou les publications payantes sur les réseaux sociaux ;
- le démarchage de clients qui ne vous ont rien demandé ;
- ce que vous avez le droit de répondre aux avis en ligne.
Professions de santé : communiquer est permis depuis 2020, pas faire du commerce
Le tournant date du 22 décembre 2020. Six décrets signés ce jour-là ont réécrit les codes de déontologie des médecins, des chirurgiens-dentistes, des sages-femmes, des infirmiers, des masseurs-kinésithérapeutes et des pédicures-podologues.
Le principe est le même pour tous. Pour les médecins, l’article R.4127-19-1 du code de la santé publique autorise à communiquer au public par tout moyen, y compris sur un site internet, des informations utiles au libre choix du praticien :
- vos compétences et vos pratiques professionnelles ;
- votre parcours professionnel ;
- les conditions d’exercice de votre cabinet ;
- des contenus éducatifs ou de prévention, à condition qu’ils soient scientifiquement étayés.
En revanche, la communication doit rester loyale et honnête. Le texte interdit noir sur blanc :
- les témoignages de tiers, donc pas d’avis de patients repris sur votre site ;
- les comparaisons avec d’autres praticiens ou établissements ;
- toute incitation à des soins inutiles ;
- tout ce qui pourrait induire le public en erreur.
Le code des médecins garde aussi sa règle de base : la médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce. Et chaque texte renvoie aux recommandations de l’ordre national concerné, à lire avant de lancer un compte Instagram.
Un kiné peut donc publier une vidéo d’exercices pour soulager le dos, ou présenter sa formation en rééducation du sportif. Il ne peut pas se présenter comme « le meilleur kiné de Lyon », ni afficher les cinq étoiles de ses patients sur sa page d’accueil.
Avocats, experts-comptables, architectes : une publicité encadrée
Pour les avocats, la porte s’est ouverte avec la loi du 17 mars 2014 relative à la consommation. Publicité et sollicitation personnalisée sont permises, à condition de donner une information sincère sur vos prestations et de respecter les principes essentiels de la profession. En pratique :
- aucun élément comparatif ou dénigrant ;
- un démarchage uniquement par courrier ou e-mail, jamais par SMS ;
- une sollicitation qui précise comment seront calculés vos honoraires ;
- un nom de domaine qui reprend votre nom ou celui du cabinet, pas un terme générique comme « avocat-divorce ».
Ces règles figurent aujourd’hui dans le code de déontologie des avocats de 2023 et dans le règlement intérieur national de la profession. Pensez aussi à déclarer votre site à votre ordre dès sa mise en ligne.
Les experts-comptables, eux, peuvent démarcher depuis un décret du 18 août 2014. Leurs actions de promotion doivent apporter une information utile, rester discrètes et ne comporter aucun élément comparatif.
Chez les architectes, la règle est plus singulière : la publicité ne peut reposer que sur leurs réalisations ou leurs projets, sans mettre en cause d’autres architectes. Un compte Instagram qui montre vos chantiers livrés est donc le format idéal.

Avis Google : répondre sans trahir le secret professionnel
C’est le terrain le plus glissant. Un patient mécontent vous laisse une étoile et raconte sa version des faits. Votre premier réflexe : rétablir la vérité. Mauvaise idée.
Le secret professionnel couvre tout ce que vous avez appris dans votre exercice, y compris le simple fait qu’une personne soit votre patient ou votre client. Répondre « Lors de votre consultation du 12 mars… », c’est déjà le violer.
Le risque n’est pas seulement disciplinaire. L’article 226-13 du code pénal prévoit un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour la révélation d’une information couverte par le secret.
La réponse la plus sûre reste générale, par exemple :
« Les règles de confidentialité de ma profession ne me permettent pas de commenter une situation individuelle. Je reste joignable au cabinet pour en parler directement. »
Si l’avis enfreint les règles de Google (insultes, faux avis, conflit d’intérêts), signalez-le depuis votre fiche.
Et si cette fiche a été créée sans votre accord, une piste s’est ouverte : le 22 mai 2025, la cour d’appel de Chambéry a confirmé la suppression de la fiche Google d’une chirurgienne-dentiste, sur le fondement du RGPD.
Enfin, n’achetez jamais d’avis et ne demandez pas à vos proches d’en écrire. Les faux avis sont une pratique commerciale trompeuse, et un soignant qui les relaierait sur son site enfreindrait en plus l’interdiction des témoignages.
Pour suivre ce qui se dit de votre cabinet sans y passer vos soirées, des outils de veille d’e-réputation vous alertent dès qu’un nouvel avis apparaît.
Les bons réflexes avant de publier
Internet n’est plus interdit aux professions réglementées. Il demande simplement de connaître vos règles avant de cliquer sur « Publier ». Avant chaque nouveau support, vérifiez ces points :
- relisez la section communication de votre code de déontologie ;
- consultez les recommandations de votre ordre, auxquelles les textes de santé renvoient directement ;
- gardez la main sur ce que publient votre agence ou votre assistant : c’est votre nom qui engage votre responsabilité ;
- bannissez les superlatifs et les comparaisons, du type « le meilleur » ou « le moins cher ».
Mon conseil : en cas de doute, posez la question à votre ordre avant de publier, pas après. Une réponse écrite de votre ordre vaut mieux qu’une plainte disciplinaire.