En parcourant mon fil d’actualité un matin, je suis tombé sur une information qui a immédiatement capté mon attention : une startup française lançait une alternative à Google Discover. Pas un simple agrégateur de contenus de plus, mais la première brique d’un moteur de recherche souverain, financé par Xavier Niel, construit sur un index web indépendant. J’ai évidemment ouvert Ibou Explorer pour voir ce que ça valait. Voici mon retour d’expérience complet, ainsi qu’une interview exclusive de Grégory Pairin, qui a récemment rejoint l’aventure Ibou.
Ibou Explorer, c’est quoi exactement ?
Ibou Explorer est la toute première brique publique d’Ibou, un projet de moteur de recherche conversationnel français porté par la société Babbar. Derrière ce projet ambitieux, on trouve deux profils impressionnants : Sylvain Peyronnet, ancien Chief Science Officer de Qwant et développeur de son premier algorithme de moteur de recherche dès 2005, et Guillaume Pitel, docteur en informatique. L’équipe originelle est donc directement issue de l’écosystème SEO : Babbar et YourTextGuru sont deux outils bien connus des professionnels du référencement naturel.
Concrètement, Ibou Explorer se présente comme un flux de découverte de contenus, comparable à Google Discover dans son fonctionnement : vous arrivez sur la plateforme et un fil d’actualité personnalisé vous attend, organisé par thématiques. Politique, économie, international, société, sciences et tech, culture et loisirs, sport — la couverture éditoriale est déjà large pour une version bêta.
💡 Ibou Explorer est disponible gratuitement en version bêta sur explorer.ibou.io. Aucun compte n’est requis pour commencer à explorer, bien que la personnalisation nécessite une inscription.

Ce que j’ai testé concrètement
La prise en main : fluide et épurée
Dès la première connexion, l’interface m’a surpris par sa sobriété. Pas de surcharge visuelle, pas de bandeaux publicitaires intrusifs — une page propre avec un flux d’articles classés par thématique. Le design est minimaliste, assumé, et rappelle davantage un lecteur RSS moderne qu’un portail d’informations à l’ancienne.
La personnalisation fonctionne selon un principe simple : vous pouvez suivre des sujets spécifiques, enregistrer des articles pour les relire plus tard, et affiner votre flux selon vos centres d’intérêt. L’algorithme apprend progressivement vos préférences, à l’image de ce que propose Google Discover depuis des années — mais sans la dimension opaque et parfois anxiogène de l’économie de l’attention.

La qualité des sources : un vrai effort éditorial
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la diversité et la fiabilité des sources proposées. Contrairement à certains agrégateurs qui s’appuient sur des fermes de contenus ou du contenu généré massivement par l’IA, Ibou Explorer semble faire un travail de sélection sérieux. Les articles mis en avant proviennent de médias reconnus, avec une attribution systématique des sources et un renvoi direct vers les éditeurs d’origine.
C’est d’ailleurs un point de philosophie fondamental du projet : chaque contenu mis en avant génère du trafic réel vers l’éditeur, contrairement au reproche souvent adressé à Google qui capte la valeur sans nécessairement redistribuer les visites. Ibou respecte scrupuleusement les fichiers robots.txt et affiche publiquement son manifeste d’engagement envers les créateurs de contenu.
Les limites actuelles d’une version bêta
Il serait malhonnête de ne pas mentionner les aspects perfectibles. En tant que version bêta, Ibou Explorer présente encore quelques lacunes : la couverture géographique reste essentiellement francophone, la richesse du flux est moins dense que sur Google Discover après des années d’apprentissage algorithmique, et certaines thématiques de niche manquent encore de profondeur. Mais pour une première brique lancée publiquement en mars 2026, le résultat est très prometteur.
Xavier Niel, Bpifrance, Go Capital : un tour de table qui inspire confiance
Ibou n’est pas une startup en phase de garage. Le projet a déjà convaincu Go Capital, Bpifrance et Normandie Participations. Et en mars 2026, c’est Xavier Niel qui rejoint l’aventure. L’homme qui a révolutionné les télécoms français avec la Freebox puis Free Mobile a été séduit par la vision de l’équipe.
Selon Xavier Niel, ce sont « des gens qui savent de quoi ils parlent, qui ont déjà construit quelque chose de solide et qui ont une vision claire de comment réaliser un moteur souverain ». Le montant de la levée n’a pas été communiqué, mais la caution symbolique d’un tel investisseur ne se résume pas à l’argent : c’est un réseau, une crédibilité, et une expérience de la mise à l’échelle que peu de startups peuvent revendiquer.
💡 Pour rappel, Babbar — la société mère d’Ibou — crawle entre 2 et 4 milliards de pages par jour et a constitué un index pouvant atteindre près de 2 000 milliards de documents, ce qui le place déjà parmi les plus importants au monde.
Interview exclusive : Grégory Pairin nous parle de l’aventure Ibou
J’ai eu l’opportunité d’échanger avec Grégory Pairin, qui a rejoint l’équipe Ibou pour prendre en charge la direction marketing. Profil reconnu dans l’écosystème du SEO et du digital, son arrivée témoigne de la montée en puissance du projet. Voici les points clés de notre conversation.
Quelle est la prochaine étape après Ibou Explorer ?
« Ibou Explorer est la première brique d’un moteur complet. Dans les prochains mois, nous allons progressivement ajouter d’autres verticales : recherche web, images, actualités. L’idée : que l’utilisateur pose une question et reçoive une réponse fiable, synthétisée à partir de sources multiples, avec attribution et renvoi vers les créateurs de contenu. La prochaine brique sera probablement la partie recherche d’image. »
Quelles sont vos plus grandes difficultés ?
« Le web est un environnement adversarial par nature : spam, désinformation organisée, contenu IA généré en masse, fermes de contenus… Certains travaillent en permanence à tromper les systèmes de classement. C’est un combat permanent et c’est précisément pour ça que l’expérience de l’équipe Babbar/YourTextGuru est un atout clé. Sur le plan du positionnement, convaincre les utilisateurs de changer leurs habitudes face à des géants solidement installés est évidemment un défi. Mais c’est aussi ce qui rend le projet stimulant — surtout pour moi au marketing. »
Est-ce que vous vous concentrez uniquement sur la France ou avez-vous des ambitions à l’international ?
« Nous pensons le projet à l’échelle européenne dès le départ. Notre conviction, c’est qu’un index web indépendant et souverain est une infrastructure critique pour tout l’écosystème IA du continent — et non pas seulement pour les utilisateurs français. Les LLM, les agents, les chatbots ont besoin d’accéder au web : si cette couche reste américaine, la souveraineté sur les modèles eux-mêmes n’est qu’un leurre. Ibou a vocation à fournir cet index à l’échelle européenne. »
💡 À titre indicatif, IbouBot — le crawler dédié au moteur — est déjà classé 8ème bot dans la catégorie « search engine » au niveau européen selon Cloudflare Radar, avec 330 millions de pages explorées par jour. Et ce n’est encore qu’un prototype.
Comment Ibou compte respecter les éditeurs là où Google les a progressivement cannibalisés ?
« C’est au cœur de notre modèle — et pas juste un discours marketing. Concrètement : nous ne faisons pas de réponses qui rendent la visite de la source inutile. Chaque contenu mis en avant dans Ibou Explorer génère du trafic réel vers l’éditeur. Nous respectons scrupuleusement les fichiers robots.txt et les souhaits des éditeurs sur l’utilisation de leurs contenus. Notre manifeste public engage Ibou sur des principes vérifiables : attribution systématique, transparence sur nos méthodes d’indexation, diversité des sources. »
Mon verdict : un pari ambitieux et sérieux
Après plusieurs jours d’utilisation quotidienne, je ressors de cette expérience avec une conviction : Ibou Explorer n’est pas un gadget. C’est le début d’un projet structuré, porté par une équipe qui maîtrise les enjeux techniques du web, et qui a suffisamment convaincu des investisseurs sérieux pour disposer des moyens de ses ambitions.
Est-ce que je l’utilise à la place de Google Discover aujourd’hui ? Pas encore au quotidien, parce que la profondeur du flux et la richesse de la personnalisation ne sont pas encore comparables à des années d’apprentissage algorithmique de Google. Mais j’y reviens régulièrement, et je compte bien observer l’évolution au fil des prochaines briques : recherche d’images, recherche web, moteur conversationnel…
Si vous tenez à votre vie privée, si vous souhaitez soutenir la souveraineté numérique européenne, ou si vous êtes simplement curieux de voir ce que des ingénieurs français issus du SEO sont capables de construire — allez tester Ibou Explorer. C’est gratuit, c’est propre, et ça mérite votre attention.